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C’est finalement le projet de coopérative présenté par les salariés de Nice-Matin qui a été retenu par le Tribunal de commerce. Une solution qui préserve le maximum d’emplois et garantira une certaine  indépendance du titre. Dans le contexte de crise de la presse écrite, le lien avec les lecteurs sera essentiel. Le choix de la Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) comme forme juridique prend tout son sens dans ce contexte.

Vendredi 7 novembre, le Tribunal de commerce de Nice a tranché sur la reprise de Nice-Matin. C’est le projet de Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) des salariés qui a été retenu. En face de celui-ci, deux offres étaient présentes : celle du géant belge des médias, le groupe Rossel, et celle de Georges Ghosn, l’ancien propriétaire de France-Soir et de la Tribune. Si ces deux offres étaient financièrement supérieures, elles se montraient dévastatrices en termes d’emplois : 376 départs (soit un tiers des effectifs) pour la première et 228 pour la seconde. L’offre de la SCIC ne compte aucun licenciement sec mais 159 départs « volontaires » correspondant à environ 15 % des effectifs. C’est sans doute cet aspect qui a remporté la décision du Tribunal de commerce, d’autant que l’offre s’est financièrement consolidée depuis sa première mouture.

La totalité des fonds levés pour cette reprise s’élève à 14,2 millions d’euros se répartissant comme suit :

  • 2,3 millions apportés par les salariés correspondant à la mobilisation de leur treizième mois ;
  • 460.000 euros de dons obtenus à la suite d’une campagne de crowfunding sur la plateforme Ulule ;
  • 2 millions de prêt apportés par le Conseil régional ;
  • 1,5 million apporté par des organismes des mouvements SCOP (Socoden) et France Active (Sifa);
  • 8 millions de cessions à Bernard Tapie correspondant à 50 % de Corse Matin et aux murs de quatre agences locales.

À noter qu’à l’inverse du Conseil régional Provence Alpes Côte d’Azur, le Conseil général des Alpes Maritimes que la ville de Nice ont refusé de participer à ce tour de table. Avec ce montage, Bernard Tapie ne participera pas à la coopérative comme cela avait été envisagé initialement. Il récupère la totalité de Corse Matin, journal rentable dont ils possédait déjà 50 %.

Cette décision du Tribunal de commerce constitue une grande victoire des salariés comme en témoigne le communiqué du SNJ, membre de l’Union syndicale Solidaires. Nice-Matin devient ainsi le quatrième titre de presse détenu sous forme coopérative avec Alternatives économiques, Regards et le tout dernier venu, le Journal toulousain. En choisissant la forme coopérative, Nice Matin renoue avec son passé lorsque, fondé après-guerre par des membres du journal de résistance Combat, il était géré sous forme de Société anonyme à participation ouvrière (SAPO). Il passera ensuite dans les mains du groupe Hachette, puis du Groupe Hersant Média.

La situation de la presse quotidienne régionale et de la presse écrite en général est difficile. Le pari pris par la nouvelle structure n’est pas gagné d’avance. Rappelons à cet effet que ce journal a connu une baisse de diffusion de 23 % sur les huit dernières années et perdait un million d’euros tous les mois. La coopérative souhaite maintenir les quatorze éditions des titres Nice-Matin, Monaco-Matin et Var-Matin qui représentent 160.000 exemplaires quotidiens. Elle compte donc développer une stratégie numérique efficace qui devra compenser les baisses de diffusion de la presse papier. Il est prévu de confier la direction du journal à Robert Namias (ex-TF1) qui sera aussi Directeur de la rédaction.

La forme juridique choisie par les salariés, la SCIC est porteuse de sens dans ce contexte. A la différence d’une SCOP dans laquelle les salariés doivent détenir plus de 50 % du capital, la SCIC est organisée en plusieurs collèges qui se partagent le pouvoir selon un pourcentage prédéterminé. Deux collèges doivent obligatoirement exister, celui des salariés et celui des usagers, auxquels se rajoutera très certainement celui des financeurs. La clé du succès de la relance de ce journal réside dans le lien qu’il saura créer avec ses lecteurs. Le succès de la levée de fonds auprès du public nous montre leur engagement dans le maintien de son existence. La présence d’un collège des lecteurs permettra de dépasser les seules relations marchandes existantes entre les salariés et les usagers.

Bonne chance à cette nouvelle coopérative de presse.

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